PRESENCE N°65 - Page 19 - Temps libre

Le goût du bon pain

Selon Jonathan Swift, l’auteur des ”Aventures de Gulliver”, ”le pain est le pilier de la vie”. Pour nous français, il a longtemps constitué l’aliment de base. Même si ce n’est plus le cas aujourd’hui, le pain demeure encore une nourriture quasiment sacrée qu’il ne faut ni gaspiller ni jeter.
Nous avons rencontré deux passionnés qui consacrent une bonne partie de leur temps à redonner au pain la première place. Le plus âgé est un amoureux des moulins, le plus jeune, tout juste trentenaire, a la passion du pain et le désir de transmettre tout le savoir qu’il a accumulé, à ses semblables.


Pour s’informer, visiter…


• Boulangerie-pâtisserie-artisanale Septentrion
Village des métiers d’art
Chemin des Coulons
9700 Marcq-en-Barœul
Tel/fax : 03 20 46 68 49
du mardi au dimanche
de 9 à 19 h
(sur réservation à partir de 8 personnes)

• Visite guidée ”Au four et au moulin” : visite d’un moulin à farine,
de l’espace meunerie, de la boulangerie, de l’atelier du pain

• Réservation :
6 rue Gauthier de Châtillon
59013 Lille
Tel : 03 20 57 59 59
fax : 03 20 57 52 70

Le métier de meunier est un métier de perfectionniste. De son travail dépend la qualité de la farine et il n’est pas de bon pain sans bonne farine. Dans une vie antérieure, Jean-Marie Broutin a travaillé en usine. Pour s’évader de la grisaille du quotidien, il s’est pris de passion pour les moulins au point d’en avoir construit un lui-même, installé dans le jardin de sa maison. Ce moulin, grandeur nature, dont toutes les pièces et rouages sont parfaitement ajustés, est capable de fabriquer de la vraie farine que Jean-Marie n’est pas peu fier de nous montrer.

Dans sa maison, une multitude d’objets, tableaux, photos témoignent de cet amour envahissant pour les moulins dont nous pouvons voir de temps à autre les imposantes silhouettes en parcourant la campagne.

A l’occasion d’une exposition intitulée ”Du moulin au pain” retraçant la filière blé-farine-pain, Jean-Marie Broutin a présenté, dans le grand hall d’accueil de la Cram, ses maquettes, ses outils, ses plans et une bonne partie de sa collection de photographies. Il aurait aimé pouvoir montrer aux visiteurs le moulin qu’il a construit de ses mains mais l’entreprise était trop risquée.





Un petit musée vivant

A l’autre bout de la filière, il y a le boulanger. Partenaire du meunier, son rôle économique et social est essentiel. Jacky Beaucamp l’a bien compris et pour que ce rôle puisse survivre à l’industrialisation de la profession, il se partage entre la ”Maison du pain” qu’il a créée et la défense et illustration du bon pain qu’il transmet aux écoliers, aux adolescents et à tous ceux désireux de connaître l’histoire du pain à travers les siècles.



La boulangerie-pâtisserie de Jacky est une vraie caverne d’Ali Baba, elle regorge d’objets chinés dans les brocantes, récupérés auprès de boulangers partant à la retraite, donnés par les familles. Vieux pétrins, moules à gâteaux, à brioches, étagères à pain… Un vrai petit musée où flotte une bonne odeur de pain chaud, de brioches savoureuses et autres spécialités (un pain à la pomme délicieux).

Le boulanger est intarissable :
il peut raconter l’histoire de chaque objet, son usage, expliquer l’origine des gâteaux. Nous apprenons ainsi que les célèbres gaufres fourrées sont dues à la gourmandises de certains curés qui trouvaient les hosties trop sèches.
Ils suggérèrent aux boulangers de couler une couche de crème entre les deux fines rondelles de pain sans levain pour les rendre plus moelleuses. Le résultat a été si convaincant qu’une spécialité est née et s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

Jacky est aussi un inventeur. Il espère bien pouvoir mettre au point très prochainement un camion itinérant dans lequel on pourra cuire le pain dans un four (construit par un artisan belge), afin de montrer aux curieux, grands et petits, le processus de fabrication complet, en dehors de la boulangerie.

Ardent militant du terroir, notre boulanger utilise des farines régionales pour fabriquer une grande variété de pains (pain au maroille, à la bière, entre autres). Défenseur de la qualité des produits et surtout de la transmission du patrimoine culturel autour du pain, la création d'un musée ne l'intéresse pas vraiment, car, dit-il : "Je préfère un petit musée vivant à un grand musée mort".

 

 


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